méditation vipassana suisse

Depuis le temps qu’on me parlait des bienfaits de la méditation… J’avais certes essayé la sophrologie, la relaxation, le yoga, mais jamais sérieusement. Puis une amie m’a vanté l’efficacité d’un cours de 10 jours de méditation Vipassana, en silence, avec un programme assez strict. Il me restait quelques jours entre mon job d’été et ma rentrée universitaire, alors je me suis lancé. Après tout, tout ça ne pouvait que me faire du bien, à moi le faux calme.

Recevoir et donner

Autre argument convaincant: il n’y a aucun frais d’admission. Les enseignants, managers, serveurs sont tous des anciens étudiants bénévoles, et les frais (repas, logement) sont uniquement financés grâce aux dons, qui eux aussi ne sont acceptés que de ceux qui ont suivi au moins un cours complet. « Je bénéficie d’un cours grâce à un ancien étudiant, donc je fais un don à mon tour selon mes moyens afin d’en faire profiter un autre ». Cette philosophie m’a plu.

J’avais quand même de l’appréhension en lisant les conditions, le règlement interne et le programme: 10h de méditation par jour réparties entre 4h30 et 21h, aucune communication entre les méditants ou avec l’extérieur (le « Noble Silence »), pas de distraction (lecture, écriture, téléphone, etc), pas de repas le soir à part des fruits à 17h, séparation hommes-femmes, etc. Mais je m’y suis fait très rapidement et ça ne m’a au final pas du tout dérangé. J’étais aussi surpris de voir que la grande majorité des 60 participants (30 hommes, 30 femmes) avait moins de 35 ans!

Le programme Vipassana

Cette technique ancienne a été découverte il y a 25 siècles par Siddhārtha Gautama, le Bouddha. Entre le moment où il a reçu l’illumination (c’est à dire son éveil spirituel) à l’âge de 35 ans et sa mort à l’âge de 80 ans, il n’a cessé de transmettre cette technique de méditation avec des mots simples, afin que les gens se délivrent de leurs souffrances.

« Si la souffrance est universelle, alors le remède doit être universel ».

Le Bouddha

Vipassana, en pâli, veut dire « observer la réalité telle qu’elle est ». Pas la réalité telle qu’on aimerait qu’elle soit, mais telle qu’elle est, ici et maintenant. Il n’y a donc pas de rite, de rituel, de croyance, on se contente simplement d’observer la réalité de l’instant présent.

Chaque début de séance est guidé par un enregistrement (en anglais, puis traduit en français, allemand ou italien selon la date de stage choisie) de S.N. Goenka, un laïc qui a redécouvert cette technique en Birmanie où elle était toujours pratiquée, et l’a fait renaitre en créant près de 150 centres Vipassana dans le monde et en l’enseignant à des millions de personnes.

Anapana pour calmer l’esprit

méditation vipassana

Pendant 3 jours, on a ainsi pratiqué Anapana, qui consiste à observer sa respiration au niveau des narines, afin d’apaiser l’esprit et d’aiguiser sa concentration mentale. Très rapidement, on se rend compte que notre esprit divague et zappe en permanence: toujours dans le passé ou le futur, mais jamais dans le présent. Anapana permet de le concentrer sur sa respiration naturelle, qu’on ne cherche ni à contrôler ni à maîtriser. J’inspire, j’expire, j’inspire, j’expire… c’est la réalité de ce moment.

Vipassana: inspecter ses sensations

Le 4e jour, est enseignée la méditation Vipassana. C’est une technique simple mais qu’on ne comprend véritablement qu’avec un cours de 10 jours. Avec Vipassana, on expérimente toujours la réalité du moment, mais en se focalisant sur les sensations du corps physique. Du sommet du crâne jusqu’aux orteils, on scanne notre corps partie par partie: le cuir chevelu, le visage, la nuque, l’épaule droite, le bras etc. Pour chaque partie, on se contente d’observer objectivement ce qui se passe, quelles sont nos sensations physiques en cet instant: picotements, chaleur, transpiration, tension, démangeaison, contact de l’air ou des vêtements, tassement, douleur!

Agréable ou désagréable, d’origine externe ou interne, peu importe. Tout ce qu’on observe de physique est bon à prendre. Et qu’en fait-on? Rien. On observe et on passe à la sensation suivante. On est invité à ne créer ni aversion ou haine pour les sensations douloureuses, ni avidité pour les sensations agréables, car on nourrit alors la douleur en créant un nouveau sankara (une sorte de pollution de notre esprit). En les alimentant, les sankaras se multiplient, et conduisent à toujours plus de douleur. Un peu comme quand on gratte une piqûre d’insecte: ça ne fait qu’empirer. En se contentant d’observer la sensation, le sankara disparait de lui-même, tel un parasite qui crève lorsqu’on cesse de le nourrir.

La découverte de l’impermanence

Difficile au début, tellement se tenir droit longtemps peut être douloureux et désagréable. Car on n’est censés bouger ni les jambes ni les mains, garder les yeux fermés, et rester droit.

Mais progressivement des sensations apparaissent, évoluent, se déplacent, grandissent puis s’évaporent. Et on découvre une nouvelle sensation ailleurs: un ancien sankara, profondément enraciné, se manifeste physiquement. L’observer sans réagir le fera mourir et nous permet de se libérer de notre souffrance. Ainsi, on expérimente dans notre corps que rien n’est permanent. C’est la loi de la nature qui est « anicca«  (prononcer « anitcha »): l’impermanence de toute chose.

« Il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement »

Le Bouddha
Bouddha

Un exemple concret. Un matin à 5h, en pleine méditation j’ai commencé à me sentir mal. Depuis mon enfance, il m’arrive de faire des malaises vagaux (évanouissements), liés à des crises d’angoisse, et là les premiers symptômes se manifestaient. Je suis donc remonté me coucher 30 minutes, puis à nouveau pas bien. Je me suis dit: OK, ce n’est pas un hasard si ça m’arrive maintenant. Prenant appui sur la méthode Vipassana, je me suis donc contenté d’observer les sensations physiques, sans juger, sans réagir. Le malaise est passé. En me concentrant sur les sensations physiques, je n’accordais plus d’importance à mon angoisse mentale, à la source du problème.

Selon le Bouddha, la cause de la souffrance à 2 formes :

  • l’avidité (on souhaite toujours plus d’argent, de biens, de pouvoir, de reconnaissance, de confort, de sécurité)
  • l’aversion / la haine (on fuit nos problèmes, on cache la poussière sous le tapis, on rejette les remarques, on est jaloux, pessimiste, insatisfait etc).
roue du dhamma - vipassana

La libération de la souffrance passe donc par un travail sur soi, accompagné par des temps d’enseignement quotidiens enregistrés.

Les effets bénéfiques de la méditation

Ainsi, ce stage était une réelle découverte pour moi et je n’ai vraiment pas regretté de l’avoir fait. Au contraire, je suis fier d’avoir tenu jusqu’au bout et j’en suis rentré vraiment changé mentalement et physiquement. Je me sens plus calme et serein, je me tiens plus droit et j’ai plus confiance en moi. J’appréhende complètement différemment mon corps et mes sensations et je pense que ce stage aura un impact bénéfique sur ma vie.

Je le recommande vivement à tous ceux qui sont prêts à ce travail sur soi afin de s’affranchir de la souffrance en général, qu’elle soit physique ou psychologique. Il faut certes un petit effort, du courage, une confiance envers la technique, mais les efforts payent et on voit des progrès rapidement. Et au fond, que représentent 10 jours dans une vie si c’est pour permettre de s’ancrer et de se recentrer. Cela vaut bien des vacances, non?

Re-parti dans le train-train quotidien, j’ai du mal à m’accorder un temps de méditation régulier, mais je sens le bienfait chaque fois que je médite une heure.

Cependant, il me reste désormais un dilemme de taille : est-il possible de se passionner pour la permaculture (c’est-à-dire la « culture de la permanence ») et méditer en même temps sur l’impermanence de toute chose… 🙂

Infos et prochains stages Vipassana à Mont-Soleil (BE), Suisse: www.sumeru.dhamma.org


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